Ludwig van Beethoven
Compositeur allemand
Ludwig van Beethoven fut un compositeur et pianiste allemand, figure majeure de la transition entre le classicisme et le romantisme. Malgré une surdité progressive devenue totale, il composa des œuvres monumentales — neuf symphonies, trente-deux sonates pour piano, seize quatuors à cordes — qui transformèrent durablement la musique occidentale.
I. Jeunesse et formation à Bonn
1770 – 1792
Né à Bonn en décembre 1770 et baptisé le 17 décembre, Ludwig van Beethoven grandit dans une famille de musiciens au service de la cour de l'Électeur de Cologne. Son père, Johann van Beethoven, ténor à la cour, décela très tôt le talent de son fils et tenta d'en faire un enfant prodige à l'image de Mozart, organisant son premier concert public à Cologne en 1778. L'éducation musicale sévère et parfois brutale imposée par son père fut heureusement complétée à partir de 1781 par l'enseignement bienveillant de Christian Gottlob Neefe, organiste de la cour, qui initia le jeune Ludwig au Clavier bien tempéré de Bach et fit publier ses premières compositions dès 1783.
Nommé organiste adjoint de la cour en 1784, Beethoven contribua tôt aux revenus de sa famille. Un premier voyage à Vienne en 1787, où il aurait rencontré Mozart, fut brutalement interrompu par la maladie puis la mort de sa mère, Maria Magdalena. Face à l'alcoolisme croissant de son père, le jeune homme obtint en 1789 la moitié du salaire paternel pour subvenir aux besoins de ses deux frères cadets. Ses cantates de 1790 sur la mort de l'empereur Joseph II révélèrent l'ampleur de son ambition créatrice et attirèrent l'attention de Joseph Haydn, de passage à Bonn. En novembre 1792, grâce au soutien de l'Électeur et du comte Waldstein, Beethoven quitta définitivement Bonn pour Vienne afin d'y étudier avec Haydn — « recevoir l'esprit de Mozart des mains de Haydn », selon la formule célèbre de Waldstein.
II. Premières années viennoises
1792 – 1802
Arrivé à Vienne en novembre 1792, Beethoven s'imposa d'abord comme un pianiste virtuose au jeu puissant et improvisateur hors pair, conquérant les salons de l'aristocratie viennoise. Ses études avec Haydn furent complétées par un enseignement du contrepoint auprès de Johann Georg Albrechtsberger et de l'écriture vocale avec Antonio Salieri. Son premier concert public viennois en 1795 et la publication de ses trios avec piano opus 1 lancèrent officiellement sa carrière de compositeur, tandis qu'une tournée triomphale le mena en 1796 à Prague, Dresde, Leipzig et Berlin.
Mais dès 1798, Beethoven perçut les premiers symptômes de la surdité qui allait bouleverser son existence. Alors même que sa réputation grandissait — création de la Première Symphonie en 1800, succès de la sonate dite « Clair de lune » en 1801 — le compositeur confia son désespoir à ses amis les plus proches. La crise culmina à l'automne 1802 avec la rédaction du Testament de Heiligenstadt, document bouleversant dans lequel Beethoven, envisageant la mort, déclara ne vouloir quitter la vie qu'après avoir accompli tout ce dont il se sentait capable. C'est de cette résolution que naquit la période la plus féconde de sa création.
III. Période héroïque
1803 – 1812
Sorti transformé de la crise de Heiligenstadt, Beethoven entra dans sa période dite « héroïque » (1803–1812), la plus féconde de sa carrière, marquée par une ambition expressive sans précédent. La Symphonie « Eroica » (1804), initialement dédiée à Bonaparte avant que Beethoven, furieux de son couronnement impérial, n'en déchire la dédicace, fit littéralement exploser les dimensions de la forme symphonique. Suivirent son unique opéra Fidelio (1805), hymne à la liberté créé dans une Vienne occupée par les troupes françaises, les quatuors « Razumovsky », le Concerto pour violon, puis le légendaire concert-marathon du 22 décembre 1808 qui vit la création simultanée des Cinquième et Sixième symphonies.
En 1809, alors que Beethoven envisageait de quitter Vienne pour Cassel, trois aristocrates — l'archiduc Rodolphe, le prince Lobkowitz et le prince Kinsky — s'engagèrent à lui verser une rente annuelle à vie pour le retenir dans la capitale autrichienne, faisant de lui l'un des premiers compositeurs indépendants de l'histoire. Cette période s'acheva en 1812 sur deux moments intimes devenus légendaires : la lettre passionnée à « l'Immortelle Bien-aimée », dont l'identité fait toujours débat, et la rencontre avec Goethe à Teplitz, choc de deux géants qui s'admirèrent sans se comprendre.
IV. Consécration et années de crise
1813 – 1817
Les années 1813–1817 virent Beethoven atteindre le sommet de sa popularité publique avant de traverser la période la plus sombre de sa vie. En décembre 1813, la création de la Victoire de Wellington, pièce d'occasion célébrant la défaite des armées napoléoniennes en Espagne, remporta un triomphe considérable, suivi en 1814 par le succès enfin conquis de la version définitive de Fidelio. Pendant le Congrès de Vienne, Beethoven fut fêté par les souverains d'Europe réunis dans la capitale autrichienne — jamais il ne fut plus célèbre de son vivant.
Mais la mort de son frère Kaspar Karl en novembre 1815 ouvrit un chapitre douloureux : Beethoven engagea contre sa belle-sœur Johanna une longue et âpre bataille judiciaire pour la tutelle exclusive de son neveu Karl, conflit qui l'épuisa émotionnellement pendant des années. Sa surdité devint quasi totale vers 1818, l'obligeant à communiquer au moyen de « cahiers de conversation » ; sa production ralentit considérablement, même si le cycle An die ferne Geliebte (1816), premier cycle de lieder de l'histoire, annonçait déjà l'intériorité de son style tardif.
V. Style tardif et dernières années
1818 – 1827
Sourd, malade et isolé, Beethoven entra à partir de 1818 dans sa dernière période créatrice, celle d'un style d'une profondeur et d'une audace inouïes qui déconcerta ses contemporains et fascine toujours. La monumentale Sonate « Hammerklavier » (1818) ouvrit la voie aux trois dernières sonates pour piano, aux Variations Diabelli et à la Missa Solemnis, que le compositeur considérait comme sa plus grande œuvre. Le 7 mai 1824, la création de la Neuvième Symphonie avec son finale choral sur l'Ode à la joie de Schiller fut un triomphe bouleversant : Beethoven, dos au public, n'entendit pas les ovations qu'une chanteuse dut lui montrer en le retournant vers la salle.
Ses dernières années furent consacrées aux cinq derniers quatuors à cordes, sommet d'intériorité et d'expérimentation, dont la Grande Fugue. La tentative de suicide de son neveu Karl à l'été 1826 l'accabla profondément. Tombé gravement malade en décembre 1826 au retour d'un voyage, Beethoven s'éteignit à Vienne le 26 mars 1827, à cinquante-six ans, d'une maladie généralement attribuée à une cirrhose du foie. Ses funérailles, le 29 mars, rassemblèrent une foule immense estimée à vingt mille personnes — un hommage sans précédent pour un musicien.